L’Écosse se dirige vers la “dépénalisation” des drogues dures

Confronté depuis plusieurs années à une grave crise liée à la consommation de stupéfiants, qui a atteint des sommets l’année dernière, le gouvernement local a décidé de changer son fusil d’épaule, salue ce tabloïd de Glasgow.

Dans sa “guerre contre les overdoses”, l’Écosse a effectué mercredi 22 septembre “un énorme bond en avant”, se félicite le Daily Record. Devant le Parlement écossais, l’exécutif local, dominé depuis 2007 par le Scottish National Party (SNP, nationalistes), a détaillé une nouvelle approche “ambitieuse”. Fini, les poursuites automatiques pour les personnes arrêtées en possession de drogues de classe A, dites dures, comme l’héroïne, l’ecstasy et la cocaïne.

En vertu du projet présenté par la Lord Advocate Dorothy Bain, chef des procureurs écossais, “les personnes trouvées avec de petites quantités de drogue sur elles recevront un avertissement de la police plutôt qu’une condamnation en justice”. Surtout, les contrevenants seront considérés comme des patients plutôt que comme des criminels, ajoute le tabloïd de Glasgow.

Avec cette nouvelle politique, ils auront accès aux soins médicaux et sociaux dont ils ont besoin pour sortir du cycle infernal de la criminalité et de la drogue.”

Une “dépénalisation qui ne dit pas son nom”

De quoi provoquer les vives critiques de l’opposition conservatrice, dont les membres ont dénoncé une “dépénalisation qui ne dit pas son nom” et réclamé un vote au Parlement sur le sujet. Au contraire, cette proposition constitue la seule manière de “maîtriser enfin cette terrible crise”, estime le Daily Record, partisan depuis plusieurs années d’une approche calquée sur l’exemple du Portugal et des Pays-Bas.

Ce n’est pas que le gouvernement écossais soit ‘laxiste en matière de drogue’. En dégageant du temps pour la police, cette dépénalisation ‘de fait’ lui permettra de se concentrer sur les trafiquants et les gangsters qui gagnent une fortune en vendant de la drogue à des personnes vulnérables.”

En 2020, rappelle le journal, 1 339 décès liés à l’usage de stupéfiants ont été enregistrés à travers l’Écosse, du jamais vu “depuis le début des statistiques, en 1996”. À l’échelle du continent, la petite nation de cinq millions d’habitants caracole en tête du sinistre classement des morts par overdose, loin devant la Suède et la Norvège.

Si certains pointent “l’arrivée à maturité de la génération Trainspotting” et les dégâts durables provoqués par les politiques néolibérales de Margaret Thatcher dans les années 1980, le Daily Record fustige la baisse des financements consacrés aux addictions depuis 2015. “Tant que toute personne ayant besoin de traitement ne recevra pas d’aide le jour où elle en a besoin, les gens continueront de mourir.”

Ce changement de fusil d’épaule, sous l’égide d’une Dorothy Bain qualifiée de “sauveuse de vies” en une du quotidien écossais, marque donc un pas dans la bonne direction.

C’est la victoire de la compassion et du bon sens. C’est aussi une victoire pour des milliers de familles désespérées qui voient l’addiction ruiner quantité de vies.”

Source

Fondé à Glasgow dans les années 20, c’est le journal le plus lu d’Ecosse. De tradition indépendantiste, il a épousé la cause du Parti travailliste après son rachat par le groupe de feu Robert Maxwell, mais adopte désormais une attitude

[…]

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