pourquoi la France se détourne du produit de Merck

La France a annulé une commande de pilules Merck : celles-ci avaient suscité un grand espoir pour traiter les patients à risque atteints par le Covid, mais leur efficacité revue à la baisse a porté un coup à leur crédit. Désormais, de nombreux pays attendent l’arrivée de produits alternatifs. 

Mercredi 22 décembre, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, annonçait sur le plateau de BFMTV qu’une précommande de 50 000 doses du traitement antiviral contre le Covid-19 “molnupiravir” avait été annulée. La France devenait ainsi le premier pays à renoncer au produit du géant américain Merck, “alors que l’inquiétude sur l’efficacité du médicament contre le coronavirus continue de monter”, précise le Financial Times.

Depuis plusieurs semaines, le doute s’est en effet installé concernant les fameuses pilules. Une première batterie de résultats publiés par la firme laissait entendre que le traitement permettait de réduire de 50 % les risques de décès ou d’hospitalisation des personnes à risque infectées par le Covid. Fin novembre, ces estimations étaient revues à la baisse : la réduction ne serait en fait que de 30 %.

Le quotidien britannique décrit donc l’inconfort dans lequel se trouvent les différents régulateurs du médicament. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a émis une autorisation d’urgence le 19 novembre, mais attend désormais de nouvelles données en vue d’une éventuelle autorisation complète. Selon une source proche de l’EMA interrogée par le titre, le médicament a été “une petite déception” car une réduction de 30 % serait “proche de la limite de ce qui est considéré comme bénéfique”.

Un biais dans les données de Merck

Début décembre, la Haute autorité de santé française a rendu un avis négatif sur l’utilisation en urgence du molnupiravir tout en autorisant, au même moment, le produit Evusheld d’AstraZeneca. Du côté de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, la voie est ouverte à une autorisation mais le panel d’experts mandatés pour évaluer le produit ne l’a approuvé qu’à une très faible majorité : il précisait d’ailleurs que son utilisation devrait être limitée aux adultes à haut risque, par crainte des effets secondaires.

Interrogé par le Financial Times, un chercheur en pharmacologie remarque que le principal biais des données du laboratoire Merck réside dans la constitution de son groupe témoin. En effet, ses premiers résultats concernaient des sujets “âgés et non-vaccinés”… alors que la majorité des personnes à risques ont désormais reçu leurs doses, ce qui limite de fait les risques d’hospitalisation. “Il n’est donc pas évident que le molnupiravir puisse bénéficier à ces patients.”

L’attente se concentre désormais essentiellement autour d’un autre produit. “On ne sait pas avec certitude si les autres pays européens ont unilatéralement annulé leurs commandes [des pilules Merck], mais l’on sait que la plupart misent sur le paxlovid de Pfizer – une autre pilule approuvée par la FDA mercredi 22 décembre et qui réduirait de 89 % les hospitalisations et les décès – pour aider à lutter contre une flambée des contaminations.”

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Fondé en 1888 sous le nom de London Financial Guide, un journal de quatre pages destiné “aux investisseurs honnêtes et aux courtiers respectables”, le Financial Times est aujourd’hui le quotidien financier et économique de

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