“Le Covid était une sauterelle avec des crocs de vampire”

La psychologue Deirdre Barrett, spécialiste des rêves en temps de crise, a répertorié près de 15 000 songes dans 76 pays depuis le début de la pandémie. Une manière de rendre compte du traumatisme collectif, particulièrement fort dans certaines catégories de la population.

Nous sommes nombreux à avoir fait des cauchemars terrifiants, frappants, au plus fort de la pandémie. En fait, tout dépend du degré d’exposition. Pour ceux qui ont perdu un être cher ou qui étaient en première ligne dans des urgences hospitalières saturées, les mauvais rêves ont pu être atroces.

La psychologue Deirdre Barrett répertorie nos rêves et nos cauchemars depuis le premier confinement. Une bonne part de nos visions nocturnes avaient trait à la peur de la mort, car notre inconscient ruminait sur la menace bien réelle du Covid-19. Dans d’autres rêves, le virus apparaissait sous la forme d’un prédateur invasif, souvent un insecte.

“Il y avait des sauterelles avec des crocs de vampire, des tas de vers grouillants, des essaims d’insectes qui pouvaient être des abeilles, des mouches ou des frelons, des armées de cafards qui se ruaient vers le rêveur”, raconte Barrett, professeure assistante en psychologie à la faculté de médecine de Harvard, autrice de nombreux livres sur les rêves, notamment Pandemic Dreams.

Barrett continue à suivre ces rêves de la pandémie. Elle a recueilli dans 76 pays près de 15 000 rêves, dont les deux tiers aux États-Unis. À travers ses analyses des données, elle constate une évolution dans le contenu de nos rêves depuis le début de la vaccination.

CNN : Dans quelle mesure les rêves peuvent-ils nous aider à mieux comprendre ce que nous vivons ?

Deirdre Barrett : Rêver, ce n’est jamais que penser dans un état cérébral bien particulier. Il y a beaucoup d’études sur ce qu’on appelle l’hypothèse de cohérence des rêves, qui a été assez bien démontrée. Plus on pense à certains sujets dans la journée, plus forte est la probabilité qu’ils apparaissent dans nos rêves la nuit.

Dans l’état cérébral où nous sommes lorsque nous rêvons, les aires visuelles et narratives sont très actives, les zones émotionnelles sont actives, tandis que les aires verbales et logiques sont moins actives que d’habitude.

Nous avons toutes nos pensées et tous nos soucis habituels, mais nous y pensons de manière très réaliste, visuelle, narrative. Les rêves sont peut-être plus empreints d’émotions que la réalité, moins logiques, mais les contenus coïncident parfaitement [entre la vie éveillée et le monde du rêve].

Pourquoi avez-vous décidé de répertorier des rêves autour de la pandémie ?

D.B. : Outre mon travail sur les rêves et leur contribution à la créativité et à la résolution de problèmes matériels, j’ai mené plusieurs études sur les rêves pendant des crises ou des traumatismes. J’ai réalisé une enquête sur les rêves après le 11 Septembre et sur les rêves au Koweït pendant la première guerre du Golfe, à la fois pendant l’occupation et peu après.

Il semblait intéressant de voir dans quelle mesure les rêves de la pandémie ressemblaient à ceux des crises passées. J’ai mis sur pied une étude mondiale le 23 mars 2020, et certains cauchemars que j’avais observés dès le début dans d’autres pays sont apparus plus tard aux États-Unis.

Par exemple, en Italie, où le virus s’est manifesté plus tôt et avec une plus grande force, les professionnels de santé faisaient ces rêves post-traumatiques classiques où l’on voit quelqu’un mourir devant soi, ils pensaient qu’il était de leur responsabilité de sauver ces personnes et ils ne le pouvaient pas. Il a fallu attendre deux ou trois semaines pour observer de tels rêves aux États-Unis, lorsque les cas à New York ont commencé à grimper.

Dans certains rêves, on se dit “Zut, je n’ai pas mis mon masque” ou bien “D’autres gens

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Sandee LaMotte

Lire l’article originalSociologie des rêves

Le rêve est “un défi pour les sociologues”, explique Bernard Lahire dans un podcast de l’émission Vacarme de la Radio télévision suisse (RTS), ces “productions apparemment individuelles” supposant “des méthodes différentes”. Pour élaborer son Interprétation sociologique des rêves, dont le deuxième opus est paru en janvier 2021, le sociologue français a suivi “13 rêveurs qui [lui] ont confié plus de 1 000 rêves sur une trentaine d’années et [qu’il a] vus jusqu’à soixante heures en entretien”. Les scénarios des songes mettent en scène “des problèmes qu’on a et qui sont durables”, observe-t-il. “Le rêve est un moyen de les faire travailler.” Dès lors, “on ne rêve pas de n’importe quoi”, mais des soucis qu’on a avec sa famille, ses collègues de travail ou ses amis, explique-t-il, même si c’est “parfois de manière un peu déguisée”. Tel Donald Trump qui revient dans les nuits d’un homme qui rêve ainsi de “son père en personnage un peu autoritaire et détestable”.

D’autres enquêtes menées sur de vastes corpus de rêves montrent “des grandes différences entre hommes et femmes, avec des représentations très genrées”, que Bernard Lahire a retrouvées chez les femmes qu’il a suivies : “Il y a régulièrement dans leurs rêves des situations de harcèlement sexuel. La domination masculine est en permanence présente.”

Source

Fondée en 1980 par le magnat de la presse Ted Turner, Cable News Network (CNN) est la première chaîne d’information continue. Elle est passée dans le giron de Time Warner en 1996. CNN.com a été mis en ligne en 1995. Depuis 2008, le direct 

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