Les Bourses de nouveau secouées par la guerre en Ukraine et les sanctions contre Moscou

Pas de répit pour l’escalade militaire, qui s’accompagne de mesures de rétorsion. Les indices boursiers européens accusent le coup, sans céder à la panique. Et les actions liées à la défense tirent leur épingle du jeu.

Le «son du canon» résonne une fois de plus sur les marchés boursiers, et fait plonger ce matin l’indice parisien CAC 40 parisien de plus de 3%, sous 6 550 points. Les combats se poursuivent en Ukraine, où les troupes russes avancent alors que de nombreux pays européens ont décidé d’envoyer du matériel militaire à l’armée de Kyiv. Parallèlement, Moscou, visé par des sanctions financières fortes et coordonnées, a relevé le niveau d’alertes de ses forces nucléaires.

Relativement au sommet annuel du 5 janvier dernier, vers 7 385 points, l’indice parisien a perdu plus de 10% de sa valeur, ce qui caractérise une correction. Par convention, les investisseurs estiment qu’un marché ou un titre devient baissier lorsqu’il a perdu plus de 20% sur son récent point haut.

Le rouge domine largement en Europe

Presque toutes les places financières du Vieux Continent sont en berne: l’indice paneuropéen EuroStoxx 50 recule lui aussi de l’ordre de 3%, comme le FTSE Mib italien, alors que le DAX 40 allemand perd 2,4%.

Du côté du Bel 20 bruxellois, l’AEX 20 amstellodamois, et du SMI suisse, les pertes sont limitées aux environs de 1%, comme tel est le cas dans les pays nordiques.

Signalons qu’au Portugal, l’indice PSI se distingue en restant proche de l’équilibre. Et bien sûr, du côté des matières premières, le pétrole Brent prend 5% à plus de 100 dollars le baril.

À Paris, les «valeurs russes» et les bancaires de nouveau à la peine

Sans surprise, les valeurs du CAC 40 les plus exposées à la Russie figurent de nouveau parmi les plus fortes baisses, Société générale (dont la banque russe Rosbank est une filiale) et Renault (notamment présent dans le pays avec le constructeur Avtovaz) abandonnant encore aux environs de 10%.

Mais l’ensemble des valeurs bancaires sont à la peine en raison des lourdes sanctions financières adoptées par le G7 et l’Union européenne afin d’isoler, économiquement et financièrement, la Russie. Selon les annonces du week-end, la plupart des banques russes devraient être exclues du système de messagerie interbancaire SWIFT, et les avoirs de la banque centrale russe détenus hors de son territoire, soit environ la moitié d’un total de l’ordre de 640 milliards de dollars, pourraient être gelés. «L’impact sur les exportations russes sera fort, (avec la) première faillite d’une filiale européenne d’une banque russe, selon la BCE», commentent ce matin les spécialistes d’Aurel BGC.

Ce qui pèse mécaniquement sur la valeur des créances russes, et accroît fortement le risque de contrepartie pour les prêteurs. Ainsi, les titres BNP Paribas et Crédit agricole perdent de l’ordre de 9% et 6% respectivement.

Le système financier russe ébranlé

Si ces sanctions n’ont pas fait cesser les combats, elles ont déjà des conséquences sur le système financier russe. Depuis jeudi dernier, la Bourse de Moscou a suspendu les cotations sine die, un piège pour les investisseurs étrangers exposés aux actions russes, en direct ou via des OPCVM, qu’il s’agisse de fonds ou d’ETF.

Ce matin sur le marché des changes, le rouble chute encore de l’ordre de 30%. La Banque de Russie a décidé, ce matin en urgence, de relever son principal taux directeur de 9,5% à 20% d’un coup, au plus haut depuis 2003. L’établissement émetteur moscovite entend aussi interdire la vente d’actions russes détenues par des investisseurs étrangers, mesure qui reste à préciser.

Déjà des «désinvestissements» en Russie

D’ores et déjà, des majors pétro-gazières européennes ont annoncé leur intention de réduire leur exposition à la Russie. Hier, le groupe britannique BP a annoncé qu’il allait solder la participation de 19,75% au capital du groupe russe Rosneft qu’il détient depuis 2013. Ses administrateurs ont démissionné du conseil de Rosneft.

Son de cloche similaire en Norvège où Equinor (ex-Statoil, contrôlé par l’État norvégien) a déclaré ce matin qu’elle mettait fin à tout processus d’investissement en Russie, et qu’elle allait commencer à sortir du capital des coentreprises qu’elle détient dans le pays.

Oslo a également décidé hier que son fonds souverain, qui gère plus de 1 100 milliards d’euros d’encours, allait geler ses investissements en Russie «avec effet immédiat». Ce qui n’est qu’une étape, le gouvernement ayant aussi donné ordre à l’institution financière de «désinvestir de Russie», c’est-à-dire de vendre.

Le secteur de la défense entouré

À l’inverse, et alors que l’Allemagne a annoncé une hausse marquée du budget qu’elle consacrera à la défense, les valeurs du secteur sont en grande forme. À la Bourse de Francfort, l’action du groupe Rheinmetall, qui fabrique toutes sortes de véhicules militaires et de systèmes d’armes terrestres, s’adjuge plus de 30% ce matin.

Un mouvement qui vaut pour l’ensemble de l’Europe: à Paris, les actions Thales (+ 13%) et Dassault Aviation (+ 8%) figurent en tête de l’indice SBF 120, quand à Milan, le titre Leonardo (systèmes de défense aérospatiale et hélicoptères) prend 15%.

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